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Le massage thaï à travers les âges…

massage thailande

Le massage thaï est l’une des activités incontournables pour un séjour réussi au pays du sourire. Tout guide de voyage conseille d’ailleurs d’en faire l’expérience, le « must » étant, de se faire masser au sein de l’emblématique temple de Wat Pho à Bangkok, gardien de la culture traditionnelle Thaïlandaise.

Ce massage traditionnel dit thérapeutique, connu sous le nom de « Nuad Bo’Ran », est l’une des plus anciennes pratiques curatives populaires du monde. Il y a plus de 2 500 ans, au début de l’ère Bouddhique, cette discipline fut introduite par le Docteur Jivaka Kumar Bhaccha, disciple de Bouddha et médecin de la communauté des moines. Ce dernier, développa cet art originel en fusionnant les concepts ancestraux d’équilibres énergétiques chinois et les notions du yoga Indien. Ainsi, surnomme-t-on parfois le massage Thaïlandais « le Yoga des fainéants », tant il est inspiré par les postures « yogiques ».  Les moines qui en recevaient l’enseignement le prodiguaient aux populations les plus modestes.  La pratique fut adoptée et se répandit rapidement. En effet, il était coutume de se faire masser pour effacer la fatigue liée à une dure journée de labeur passée dans les rizières.

De même, au sein de la cour royale, on avait également recours à ce type de massages avec toutefois une dose de raffinement supplémentaire. C’est le roi Rama III (1824-1851) qui le formalisera à partir de 1832 en rassemblant les savoir-faire traditionnels du pays sous huit thèmes, dont celui de la santé. Il ordonna que soit gravé l’ensemble des connaissances incluant celles liées aux massages sur les stèles adossées aux murs de Wat Pho, plaçant ainsi le temple comme centre historique de l’enseignement des arts thérapeutiques traditionnels et première université publique à dispenser des cours de massage et de médecine thaï.

En occident, l’apprentissage de l’anatomie s’est construit sur des bases héritées de la civilisation grecque. Notre médecine distante des concepts religieux sépare de manière distincte le corps et l’esprit. D’ailleurs on aura tendance à dissocier ces deux concepts en parlant de psyché et de philosophie pour ce qui se rapporte à l’esprit, et de biologie ou d’anatomie pour ce qui concerne le corps. La médecine chinoise ancestrale ainsi que la médecine ayurvédique indienne sont toutes deux à l’origine de la médecine traditionnelle Thaï. Celle-ci repose sur l’équilibre des énergies qui influent sur le physiologique.

Les interdits religieux liés aux autopsies ou à la dissection, plus présents en Orient, ont influencé de manière significative la façon de représenter et d’appréhender l’anatomie humaine. C’est pourquoi les illustrations anciennes du corps dans la médecine traditionnelle thaïlandaise peuvent nous paraître surprenante. En effet, elles illustrent le cheminement des lignes énergétiques invisibles mais ressenties ainsi que leurs influences sur le corps physique. L’anatomie humaine telle que nous la connaissons n’y est qu’approximativement détaillée, car son importance est mineure dans la pratique du massage thaïlandais.

Illustration : les gravures de « Sen Prathan Sip » sur les stèpes du temple de Wat Pho représentent les dix lignes d’énergie utilisées dans le massage thaïlandais.

Malgré le prestige qu’on lui connait aujourd’hui, la médecine traditionnelle thaïlandaise fut dénigrée avec l’arrivée des missionnaires anglo-saxons porteurs d’une médecine occidentale plus moderne. Au début du XXème siècle, une crise économique frappa la Thaïlande et contraint la pays à réduire ses dépenses et à dissoudre le département royal des médecins.  Les massages alors absents de la cour sont associés à une pratique populaire entachée de charlatanisme.

Les rois qui se succédèrent de 1880 à 1946 continuèrent de reléguer le massage thérapeutique thaïlandais à un art mineur. En 1936, le massage thaïlandais est complétement supprimé du cursus des médecins traditionnels, ce qui a pour conséquences d’achever son déclin. Dans les années 50, les maîtres enseignant le massage sont alors si peu nombreux qu’il n’existe plus de formation sérieuse permettant de pérenniser cet art. De plus, au cours de la guerre du Vietnam (1955-1975), alors que la Thaïlande devient le refuge de milliers de GI Américains, on assiste à une explosion de la prostitution et des lieux prodiguant des massages sont rapidement associés au commerce du sexe.

Le massage thaïlandais doit la restauration de ses lettres de noblesse au Roi Rama IX (1946-2016) qui, en 1961, le réintroduit dans le cursus d’étude de l’école de médecine traditionnelle. Les postures et les procédures de massages seront alors formalisées par l’ordre des médecins traditionnels et inscrites dans un manuel toujours utilisé à ce jour.

En 1966 une loi qui règlemente les établissements de massages est promulguée. Celle-ci aura pour objectif de différencier les établissements monnayant des prestations à caractère sexuel de ceux prodiguant des massages thérapeutiques. Les années qui suivront donneront jour à une succession de lois favorisant la réhabilitation de cet art ancestral. La consécration arrive en 2001, lorsque le ministre de la santé publique annonce le retour du massage thaïlandais comme discipline à part entière de la médecine traditionnelle Thaïlandaise.

massage thaï aux huiles

De nos jours, force est de constater les limites de la médecine occidentale et les ravages liés à l’utilisation abusive de médicaments. Ces observations poussent les populations et la médecine contemporaine à s’intéresser de manière générale aux médecines traditionnelles et valorise la pratique du massage thaïlandais. Des manuels sur le sujet sont traduits dans de nombreuses langues et des cursus de formation sont proposés aux étrangers.

Aujourd’hui le massage Thaïlandais n’a plus rien à prouver. Il jouit d’un tel rayonnement international que tout comme la gastronomie Française il y a quelques années, il sera prochainement inscrit au Patrimoine Mondial Culturel Immatériel de l’UNESCO.

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